Musique moderniste régionale

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Description 

L’équipe Musique moderniste régionale (MMR) vise à élucider la relation entre les scènes locales de création musicale d’allégeance moderniste et les courants internationaux dans lesquels elles s’inscrivent (1950-2000). Elle vise également à comprendre le rapport entre les supports matériels des musiques contemporaines et les courants esthétiques dans lesquels ces musiques s’inscrivent.

Les membres de l’équipe Musique moderniste régionale souhaitent, dans leurs travaux, exclure un mythe persistant selon lequel les pratiques modernistes de l’après-guerre revêtent un caractère monolithique, comme si la présence d’une lingua franca (« sérielle ») suffisait pour rendre compte de cette production, toutes régions confondues. Refuser le binarisme centre/périphérie ouvre la voie à de nouvelles approches pour l’étude de la musique moderniste, aussi bien en ce qui a trait aux régions préalablement conçues comme « périphériques » (l’Inde, l’Amérique latine, le Québec, etc.) que dans le « centre ». Des travaux récents suggèrent que des pratiques de création n’émanent pas toujours d’un pôle central pour ensuite s’implanter dans une région éloignée ; elles naissent aussi spontanément dans des régions « ex-centriques ». Ainsi, cette équipe s’inscrit dans une mouvance récente où des chercheurs emploient de nouveaux paradigmes historiographique, analytique, esthétique et politique pour proposer des relectures de l’histoire de la musique depuis 1945. Cette programmation scientifique vise à élaborer des outils adéquats pour prendre la mesure de la diversité culturelle des pratiques expérimentales en musique, et ce en suivant cinq axes, dans une optique pluridisciplinaire :

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 1. Modernisme musical au Québec, 

2. Modernisme musical en Amérique latine, 

3. Modernisme musical en Asie du Sud et de l’Est,

4. Modernisme musical en France, 

5. Les emprunts extraeuropéens dans la musique moderniste occidentale.

 

En se penchant sur des centres locaux d’innovation et des traditions régionales de création, les projets de recherche chapeautés par ce programme révéleront la singularité de chaque contexte. Le programme de recherche a pour objectif d’écarter l’eurocentrisme qui reste le « paramètre par défaut » de l’étude du 20e siècle artistique. Constituée de deux chercheurs-professeurs à l’Université de Montréal (Jean-Jacques Nattiez et Jonathan Goldman) et de deux chercheurs à l’Université Concordia (Sandeep Bhagwati et Ricardo Dal Farra), l’équipe de recherche entamera des travaux comparatifs afin de cartographier cette production mondiale dans toute sa diversité. Elle bénéficiera, en outre, des compétences complémentaires de ses membres : un musicologue historique (Goldman), un sémiologue de la musique (Nattiez), un spécialiste de l’histoire de la musique électroacoustique en Amérique latine (Dal Farra) et un compositeur de musique intertraditionnelle (Bhagwati). Enfin, Robert Hasegawa, spécialiste du spectralisme (axe 4), apportera son expertise à titre de collaborateur.

Projets en cours

L’invention d’une tradition balinaise dans la musique de création à Montréal (1975-2000)

Réponses artistiques à la technologie de diffusion du son (1953-1963)

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Chercheurs

 

Jonathan Goldman (responsable du laboratoire)

Jonathan Goldman est professeur agrégé de musicologie à la Faculté de musique de l’Université de Montréal après avoir été professeur adjoint de musicologie à l’Université de Victoria. Il est membre régulier de l’Observatoire international de création et de recherche en musique, ainsi qu’éditeur de la rubrique musique de la Routledge Encyclopedia of Modernism et rédacteur en chef de la revue Circuitmusiques contemporaines. En tant que chercheur principal, Goldman sera impliqué dans l’ensemble des cinq axes. 

Goldman a fait ses études à l’Université McGill et à l’Université de Montréal, obtenant un doctorat en musicologie de l’Université de Montréal, en 2006, sous la direction de Jean-Jacques Nattiez. Sa recherche porte sur les avant-gardes musicales depuis la deuxième moitié du 20e siècle, en particulier les manifestations régionales du modernisme dans un contexte international. À travers des objets variés (la musique post-1975 de Pierre Boulez, la conception de l’interprétation de David Tudor, les penchants « balinais » d’un groupe de compositeurs québécois comprenant Claude Vivier, les pratiques d’improvisation au CLAEM, studio de musique électronique de l’institut Di Tella à Buenos Aires, au cours des années 1960, et plus généralement le développement de la musique avec dispositifs électroniques), Goldman s’intéresse notamment aux modalités de construction du discours des musiciens.

Son livre The Musical Language of Pierre Boulez (Cambridge University Press, 2011) lui a valu un Prix Opus dans la catégorie « Livre de l’année », en 2012, par le Conseil québécois de la musique, et a été recensé dans les pages des revues Tempo (R.-U.) et Dissonance/Dissonanz (Suisse). Il publiera prochainement un chapitre sur le rituel dans les œuvres de Claude Vivier (Ashgate Press), un autre sur la musique en France depuis 1945 (Cambridge University Press), ainsi qu’un texte sur l’approche boulézienne de l’orchestration pour un ouvrage collectif (Cambridge University Press). Ses articles ont paru dans des revues telles que Perspectives of New MusicMusic AnalysisAmerican MusicFiligrane et Intersections. Il a prononcé des conférences dans des congrès de sociétés scientifiques internationales. telles que le Congrès annuel de l’American Musicological Society et la Society for American Music, et est fréquemment invité en tant que conférencier aux cours de composition Matrix sous l’égide de l’Experimentalstudio de la radio allemande du Sud-Ouest à Fribourg (Allemagne).

Depuis 2006, Goldman est rédacteur en chef de la revue Circuitmusiques contemporaines, consacrée à la musique de création. Dans ce cadre, il a supervisé plus d’une quinzaine de numéros sur des thèmes divers, incluant le modernisme musical en Amérique latine, l’incidence de Karlheinz Stockhausen au Québec, la musique de Gilles Tremblay, Pierre Mercure et le Refus global (codirigé avec Claudine Caron), les femmes compositrices, etc. Son numéro sur la musique de Claude Vivier (vol. 18, no 3, 2009, codirigé avec Jean Lesage) a gagné un Prix Opus dans la catégorie « Livre de l’année », en 2010. 

En 2008, une bourse de la Ville de Paris lui a permis d’intégrer l’équipe de recherche « Analyse des pratiques musicales » (dir. Nicolas Donin) à l’Ircam, afin de collaborer à un outil informatique d’analyse musicale dans un projet intitulé Mise en tableau/écoute segmentée, dont les résultats ont été diffusés dans la revue Music Theory Online. Sa recherche actuelle s’attache à comprendre les répercussions du son enregistré sur les pratiques créatrices de compositeurs modernistes.

Goldman est également éditeur de la rubrique musique de la Routledge Encyclopedia of Modernism (2014), une ressource en ligne consacrée à l’information sur le modernisme à travers toutes les régions et toutes les disciplines artistiques. En 2014, Goldman a publié un ouvrage collectif chez les Presses de l’Université de Montréal intitulé La création musicale au Québec, contenant 16 présentations analytiques d’oeuvres majeures de compositeurs québécois allant de Serge Garant à Nicole Lizée.

 

Sandeep Bhagwati

Sandeep Bhagwati (Université Concordia) est compositeur, directeur de théâtre et artiste médiatique récipiendaire de nombreux prix. Il a étudié au Mozarteum de Salzboug (Autriche), à l’Institut de coordination acoustique/musique (Ircam) de Paris et a obtenu un diplôme en composition de la Hochschule für Musik und Theater München (Allemagne). Ses « comprovisations » en tous genres (incluant 6 opéras) ont été jouées par des musiciens de renoms dans des salles réputées et dans des festivals à travers le monde. En tant que titulaire d’une chaire de recherche du Canada pour les Arts Inter-X à l’Université Concordia (Montréal) depuis 2006, il dirige présentement le Matralab, un centre de recherche-création pour les arts interculturels et interdisciplinaires. Son travail actuel se concentre sur la « comprovisation », les esthétiques intertraditionnelles, l’esthétique de l’interdisciplinarité, le théâtre gestuel, le théâtre sonique et les partitions interactives (visuelles et non visuelles). De 2008 à 2011, il était également le directeur d’Hexagram Concordia. En février 2013, Bhagwati a organisé le colloque « Glocal Musics: Post-Exoticism in Contemporary Written Music », à Montreal. Bhagwati est également directeur artistique et chef de l’Ensemble Extrakte (Berlin), un ensemble consacré à la recherche-création de musique savante urbaine et intertraditionnelle.

En 2000, sur la base de sa culture musicale double (Inde et Europe), Bhagwati a initié RASALILA, un échange à long terme entre l’Ensemble Modern (Francfort) et dix compositeurs-interprètes indiens (Shubha Mudgal, Dhruba Ghosh, Aneesh Pradhan, Uday Bhawalkar, Ashok Ranade, Ganesh Ananadan). Il a ainsi invité ces musiciens à « écrire » de la musique pour l’ensemble et a servi de directeur artistique du projet. Durant huit années d’existence, RASALILA a présenté des concerts dans des festivals majeurs en Europe (House ofWorld Cultures Berlin, Alte Oper Frankfurt, Philharmonie Cologne, Biennaledi Venezia, Concertgebouw Amsterdam). Certaines oeuvres créées lors de cet échange sont entrées dans le répertoire d’autres ensembles internationaux. Depuis 2002, Bhagwati compose de la musique pour des musiciens d’autres traditions asiatiques, telles que le Vietnam, Taïwan et la Corée.

 

Ricardo Dal Farra

Ricardo Dal Farra (Université Concordia) possède une vaste expérience en archivage et conservation de collections musicales reliées au modernisme musical en Amérique latine. Sa Latin American Electroacoustic Music Collection, hébergée par la Fondation Daniel Langlois et par l’UNESCO (Digi-Arts), est un modèle de ce type d’expertise. Dal Farra travaille sur la fusion des arts, des sciences et des nouvelles technologies en tant que compositeur et artiste multimédia, chercheur, pédagogue, interprète et commissaire s’occupant de la musique électroacoustique et des arts médiatiques nouveaux depuis plus de 25 ans. Dal Farra détient un Doctorat en études et pratiques des arts de l’Université du Québec à Montréal. Sa recherche porte sur la documentation et la préservation du patrimoine électroacoustique musical, la communication multimédia et les ressources pédagogiques, numériques et virtuelles.

 

Jean-Jacques Nattiez

Jean-Jacques Nattiez est professeur titulaire en musicologie à la Faculté de musique de l’Université de Montréal où il enseigne depuis 1972. Il a obtenu, en 1973, un doctorat sur la sémiologie musicale de l’Université de Paris VIII-Vincennes. Considéré comme un pionnier de la sémiologie musicale, il a publié Fondements d’une sémiologie de la musique et Musicologie générale et sémiologie, ainsi que plusieurs recueils d’articles sur le même sujet : De la sémiologie à la musique et Le combat de Chronos et d’Orphée. Il est l’auteur de plusieurs livres sur Wagner : Tétralogies (Wagner, Boulez, Chéreau), Wagner androgyne et Les esquisses de Richard Wagner pour « Siegfried’s Tod ». Auteur d’études sur la pensée musicale de Pierre Boulez, il a fait paraître plusieurs volumes de ses écrits, dont une édition de la correspondance avec John Cage. Ethnomusicologue, il a publié plusieurs disques consacrés à la musique des Inuits (Canada), des Aïnous (Japon) et des Bagandas (Ouganda). Un essai intitulé Lévi-Strauss musicien témoigne de l’intérêt qu’il porte à la réflexion anthropologique. Ce livre a reçu, en 2009, le Prix de la critique de musique, de théâtre et de danse de Paris. S’intéressant aux relations entre musique et littérature (Proust musicien), auxquelles il ajoute les arts plastiques dans la collection d’essais La musique, les images et les mots, il est l’auteur d’un roman (Opera). On lui doit également deux introductions générales à la musicologie : Profession musicologue et La musique et le discours. Plusieurs de ses livres ont été traduits en anglais, en italien, en japonais, en portugais et en roumain. Il a été le directeur général de Musiques. Une encyclopédie pour le XXIe siècle, commande de la maison italienne Einaudi (2000-2005), rééditée à 25 000 exemplaires par Il Sole 24 Ore. Une version française des cinq volumes de cette vaste entreprise a paru entre 2003 et 2007 chez Actes Sud. Jean-Jacques Nattiez a publié plus de 150 articles et effectué des tournées de conférences dans une vingtaine de pays. Il a été notamment, à deux reprises, professeur invité au Collège de France et à l’École normale supérieure (ENS) de Paris. Il a été chercheur en résidence à l’Université d’Oxford et a occupé, en 2008, la chaire Alphonse-Dupront de l’Université Paris-Sorbonne. De plus, en décembre 2011, le gouverneur général du Canada annonçait la nomination de Jean-Jacques Nattiez à titre d’officier de l’Ordre du Canada, « pour sa contribution au développement de la musicologie en tant que chercheur, professeur et spécialiste de la sémiologie musicale ».)

 

Michael Tenzer

L’ethnomusicologue Michael Tenzer (UBC) est reconnu comme une autorité absolue en matière de musique à Bali.Son ouvrage Gamelan Gong Kebyar (2001) est considéré comme un classique. Depuis les années 1980, Tenzer est une des figures marquantes du mouvement international du gamelan et fut un des premiers non-Balinais à composer de la musique pour un gamelan balinais à Bali. Il compose des œuvres majeures depuis 1982 qui intègrent les techniques de musique contemporaine européenne et la musique classique indienne avec les structures musicales balinaises. Les écrits de Michael Tenzer portent sur les structures de la musique balinaise, l’interaction entre les musiques européennes et e tra-européennes, l’avenir de la fusion musicale et la “world music theory ».

 

Étudiants

Julie Delisle (doctorants, Université de Montréal)

Ofer Pelz (doctorant, Université de Montréal)

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